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Am stram gram ça pic et pic et colé(o) gram quant à la prise en compte du Pic noir dans les forêts françaises?

22 janvier 2026

Tout est parti d’une bouteille de chablis lancée par terre (traduire ici bouteille à la mer en langage forestier) d’un sympathisant LOANA qui nous a récemment envoyé le mail suivant :
 
Je me tourne vers votre association car je suis témoin d'une coupe rase proche de chez moi sur la commune de truc-muche Ménil.
La forêt incriminée (voir carte) est une hêtraie qui abrite des loges de Pics, dont une loge de Pics noirs où tous les ans il y a une reproduction avec des jeunes à l'envol. En outre, un pic noir mâle fréquente la loge de reproduction toute l'année.
J'ai averti la mairie de la commune, il s'agit d'une parcelle appartenant à un particulier. J'ai également contacté l'OFB qui a pris part de mon désarroi. Ils ont transmis tous les éléments que je leur ai fournis, à la DDT mais sans grand espoir ...
Je ne sais pas si de votre côté, vous pouvez tenter quelques chose ...
Merci de m'avoir lu. Si besoin vous pouvez me contacter par mail ou sur mon portable.
M. XXXrich
 
Forcément quand LOANA reçoit un cri du cœur comme celui-ci et bien elle se mobilise...
 
D’autant que l’on parle ici de l’un des plus grands ingénieurs du vivant forestier » puisque de la présence du Pic noir dépend aussi celle de 50 autres espèces cavernicoles qui utilisent les loges qu’il creuse et la liste est longue : insectes (coléoptères, hyménoptères), mammifères (Ecureuil roux, Loir, Martre des pins, Chauve- souris), oiseaux (mésanges, certaines chouettes, Pigeon colombin) etc, tout y passe…
 
Rapides prises de contact avec la mairie et l’OFB 88…
 
Et avant de contacter-rencontrer le propriétaire forestier, on creuse nos cavités cérébraux-motrices pour ne pas arriver en vol en criant « trûût trûut trûûûut » (pour les néophytes : cri en vol du Pic noir) et ne rien avoir dans le bec à lui proposer en termes de prescriptions sylvicoles susceptibles de garantir la pérennité de ce couple nicheur.
On se dit que pour cette espèce clé de voûte dans l'écosystème forestier, ça va être too easy de trouver un « modus operandi » en cas de découverte de loges ou bien de trouver des informations liées aux obligations de bonne prise en compte de l’espèce dans la gestion sylvicole et les aménagements forestiers mais… En vérité que nenni… rien de véritablement acté, gravé dans l’aubier en France.
 
Dans l’embarras, on contacte quelques forestiers travaillant en forêts publics et en forêts privées pour finalement découvrir que seul l’arbre à loge (quand il est repéré…) semble vraiment faire l’objet d’une attention particulière au niveau national.
 
Euh…ça ne ferait pas un peu light-light comme prise en compte pour ce formidable pourvoyeur de biodiversité forestière ?
 
Mises à part quelques initiatives locales prenant un peu mieux en compte l’espèce dans certains massifs forestiers français, pourquoi n’y a-t-il pas de prescriptions sylvicoles spécifiques actées et ambitieuses nationales impliquant (comme certains documents le recommandent) :
- d’acter l’adaptation des travaux forestiers à proximité des loges entre le 15 mars et le 15 juin dans les aménagements forestiers ;
 
- d’augmenter en conséquence le nombre d’arbres « bio » marqués dans les massifs forestiers à Pic noir, puisqu’il est démontré que ses habitats recèlent de 2 à 4 arbres morts sur pied à l'hectare et de 1 à 3 arbres morts au sol par hectare (GRANGE J.L, AURIA J.C., DUVALLET S., 2010 : Caractérisation des sites de nidification du Pic noir Dryocopus martius dans les Pyrénées occidentales) ;
 
- d’automatiser la mise en place d’îlots de vieillissement surfacique autour des cavités de reproduction, entendre ici un gel d'exploitation explicitement prévu pour au moins 30 ans dans la hêtraie d'une surface comprise entre 0,5 ha et 2ha autour des sites de nidification, comme cela est réalisé dans certains boisements des Vosges du Nord ? (MULLER, Y. (2002).- Recherches sur l’écologie des oiseaux forestiers des Vosges du Nord. VIII. Dénombrement des Picidés nicheurs d’une chênaie-pinède de 426 ha. Ciconia 26(1): 29-39.]
 
-de désigner spécifiquement la mise en place d’îlots de sénescence dans les massifs forestiers à Pic noir de façon à garantir des taches d’habitats pérennes répondant à ses exigences biologiques (spécificités des îlots intégrant au plus près une surface terrière comprise entre 15 et 20 m²/ha, avec un volume sur pied compris entre 200 et 280 m3/ha, de couvert allant de 60% à 80% (GRANGE J.L, AURIA J.C., DUVALLET S., 2010).
 
C’est là toutes les prescriptions sylvicoles que nous allons édicter sur ce signalement mais c’est aussi toutes les questions que nous allons poser au Ministère de la transition écologique, l’ONF et au CNPF pour une meilleure prise en compte de cette espèce parapluie …
 
La team "pic et pic et coléo gram de LOANA
 
photo: M. XXXXrich